La France et l’Allemagne abandonnent le projet d’avion de combat FCAS
Le cabinet d’Emmanuel Macron a confirmé que la France et l’Allemagne mettaient fin au cœur avion de combat du Future Combat Air System, après l’échec de Dassault Aviation et d’Airbus à s’accorder sur le contrôle du New Generation Fighter. Le programme, lancé politiquement en 2017 puis rejoint par l’Espagne, devait mettre en service vers 2040 un avion connecté de sixième génération, des drones et un cloud de combat. Son effondrement ne met pas fin à la coopération européenne en matière de défense, mais il affaiblit la tentative la plus symbolique de mutualiser les technologies de combat aérien haut de gamme, au moment où la Commission européenne affirme que l’UE doit renforcer sa base industrielle de défense et réduire sa dépendance à l’égard de fournisseurs extérieurs. Pour la Belgique, qui a rejoint le FCAS comme observateur tout en achetant des F-35 aux États-Unis, la leçon est directe : l’autonomie stratégique européenne dépend moins des déclarations que du partage industriel, de la discipline d’achat et d’exigences militaires communes.
Les électeurs belges, les travailleurs de la défense, les PME des chaînes d’approvisionnement aéronautiques et les responsables fédéraux devraient s’en préoccuper, car la Belgique se trouve au cœur du même dilemme d’acquisition. Le gouvernement belge s’est appuyé sur le F-35 construit aux États-Unis pour sa prochaine flotte d’avions de combat, tout en explorant des projets européens d’aviation future. La Commission européenne affirme que la préparation en matière de défense exige désormais une base industrielle européenne plus forte, de sorte que l’échec du FCAS réduit l’une des voies permettant aux entreprises belges et européennes de participer aux technologies de combat aérien haut de gamme plutôt que de rester principalement des acheteurs de systèmes conçus ailleurs.
Future Combat Air System, ou FCAS/SCAF (programme franco-germano-espagnol de combat aérien lancé en 2017), était conçu comme un système futur de guerre aérienne en réseau. New Generation Fighter, ou NGF (l’avion piloté de sixième génération prévu au centre du FCAS), devait remplacer le Rafale français et les flottes Eurofighter de l’Allemagne et de l’Espagne vers 2040. Dassault Aviation (constructeur aéronautique français et producteur du Rafale) cherchait à obtenir l’autorité principale sur la conception de l’avion de combat. Airbus Defence and Space (groupe aéronautique européen représentant les intérêts industriels allemands et espagnols dans le FCAS) voulait un rôle industriel plus équilibré. Indra Sistemas (entreprise espagnole de technologies de défense) était le coordinateur national de l’Espagne. Combat Cloud (la couche de données sécurisée reliant avions, drones et capteurs) reste un domaine possible de coopération. SAFE, ou Security Action for Europe (instrument de prêts de défense de l’UE adopté en 2025), vise à financer des achats conjoints. Global Combat Air Programme, ou GCAP (projet d’avion de combat de sixième génération Royaume-Uni-Italie-Japon lancé en 2022), est la principale voie concurrente adjacente à l’Europe.
Background
La France et l’Allemagne ont lancé la trajectoire FCAS en 2017, l’Espagne l’a rejointe en 2019, et les contrats de phase 1B ont suivi en 2022 afin de préparer les démonstrateurs. Les précédents projets aériens européens montrent à la fois la promesse et les limites de la coopération : l’Eurofighter Typhoon a lié plusieurs États entre eux, mais a laissé la France à l’écart, tandis que la France a conservé le Rafale comme programme national. Les traités de Lancaster House de 2010 ont créé un cadre de défense franco-britannique, mais la voie Tempest/GCAP menée ensuite par le Royaume-Uni s’est développée séparément. La stratégie industrielle de défense 2024 de la Commission européenne a ensuite présenté l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 comme une raison de reconstruire la préparation industrielle de défense de l’UE.
Impact
Regional — Au niveau de l’UE, l’échec affaiblit un exemple phare de la volonté de la Commission européenne de promouvoir des investissements de défense collaboratifs et européens. Au niveau fédéral belge, il touche la politique de Défense et la politique industrielle, car la Belgique s’était rattachée au FCAS comme observateur tout en planifiant sa transition d’avions de combat autour du F-35. Bruxelles est concernée sur le plan institutionnel plutôt que local : les sièges de l’UE et de l’OTAN resteront centraux dans le débat politique, mais aucun service régional bruxellois ni aucune commune ne fait face à un changement opérationnel distinct.
Opposing perspectives
- Camp industriel français de la défense (Dassault Aviation)
La position de Dassault Aviation, telle qu’elle ressort du différend sur l’autorité principale, est qu’un avion de combat de sixième génération a besoin d’un architecte de conception clairement désigné et d’une protection de la propriété intellectuelle essentielle. Ce camp soutiendrait que diviser l’autorité pour des raisons d’équilibre politique risque de produire un avion plus lent, compromis, et d’affaiblir le savoir-faire existant de la France fondé sur le Rafale.
- Camp industriel allemand et espagnol (Airbus Defence and Space)
La position d’Airbus Defence and Space est qu’un programme trinational ne peut pas être crédible si le travail central sur l’avion de combat est dominé par un champion national. Ce camp soutiendrait que l’autonomie européenne exige un partage des technologies, du travail industriel et des capacités de production, sans quoi les gouvernements partenaires sont appelés à financer un projet sans retour industriel adéquat.
- Camp de politique de défense de la Commission européenne
Le cadrage EDIS de la Commission européenne soutient que la leçon plus large n’est pas d’abandonner la coopération, mais de la rendre plus collaborative, européenne et résiliente. Selon cette lecture, le FCAS a échoué en raison d’un problème de gouvernance industrielle, tandis que des instruments tels que SAFE et EDIP restent des outils pour pousser les États membres vers des achats communs.
- Analystes de sécurité axés sur les capacités
Les analystes cités dans la recherche soutiennent que le besoin immédiat de l’Europe pourrait être moins un avion de combat de prestige pour les années 2040 que des capacités évolutives de défense aérienne, de drones, de munitions, de communications sécurisées et de systèmes de commandement. Cette lecture considère l’effondrement du FCAS comme dommageable symboliquement, mais pas nécessairement décisif pour la dissuasion à court terme.
Sources & evidence
- Al Jazeera - France-Germany jet plans crash: Can Europe end reliance on US for security? · 2026-06-12
- Al Jazeera / Reuters - France and Germany scrap fighter jet in hit to European defence cooperation · 2026-06-08
- The Guardian - France and Germany abandon joint project to build European fighter jet · 2026-06-08
- Le Monde - FCAS: Learning from the failure of the French-German next-generation fighter jet · 2026-06-10
- Airbus - Future Combat Air System FCAS
- European Commission - EDIS, our common defence industrial strategy · 2024-03-05
- European Commission - White Paper for European Defence and Readiness 2030 press material · 2025-03-19
- d'Artis Kancs, European Defence Readiness: A Cold War 2.0 scenario analysis, 2024, arXiv · 2024-12-28
