Image illustrating: Kinshasa Parliament (editorial)
Photo by Stephanie Douglas on Pexels
International

La police de Kinshasa disperse une manifestation contre un projet de loi sur la limitation des mandats de Tshisekedi

La police a fait usage de gaz lacrymogène à Kinshasa vendredi, alors que des partisans de l’opposition manifestaient contre une proposition constitutionnelle qui, selon ses opposants, pourrait rouvrir au président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, la voie vers un troisième mandat. La manifestation était organisée par C64, une alliance d’opposition construite autour de l’article 64 de la Constitution, et a dégénéré en affrontements entre partisans de l’opposition et militants progouvernementaux devant le Parlement. La Constitution congolaise fixe un mandat présidentiel de cinq ans, renouvelable une fois, et l’article 220 dispose que le nombre et la durée des mandats présidentiels ne peuvent être révisés. Un projet de loi examiné par l’Assemblée nationale créerait, selon les informations disponibles, une exception en cas de dysfonctionnement institutionnel majeur, éventuellement suivie d’un référendum. Des images publiées sur la page Facebook officielle de Martin Fayulu ont montré la figure de l’opposition blessée pendant le rassemblement. La confrontation survient dans un pays déjà sous pression en raison des combats dans l’est impliquant le M23, d’une épidémie d’Ebola et des souvenirs non résolus de la sortie retardée du pouvoir de Joseph Kabila.

Belgium Impulse Editorial·12 June 2026·3 min read·5 sources
Key signal

Pour les lecteurs belges, il ne s’agit pas d’un lointain conflit constitutionnel. L’histoire coloniale de la Belgique, ses relations diplomatiques et la diaspora congolaise font que l’instabilité à Kinshasa est suivie de près à Bruxelles, Anvers et dans les cercles fédéraux de politique étrangère. Le personnel des institutions européennes et les entreprises attentives aux politiques publiques suivent également la politique de la RDC, car le pays est central pour les minerais critiques, le devoir de diligence relatif aux minerais de conflit et la politique de sécurité régionale. Le cœur de l’affaire reste congolais : savoir si les garde-fous constitutionnels tiennent dans un État déjà fragilisé par la guerre, la maladie et la défiance envers les élections.

La République démocratique du Congo (État d’Afrique centrale, indépendant de la tutelle belge depuis 1960) est l’ancienne colonie de la Belgique et une source majeure de cobalt et de cuivre. Kinshasa (capitale de la RDC et siège des institutions nationales) est le centre politique du différend. Félix Tshisekedi (président de la RDC depuis 2019, réélu pour un second mandat censé s’achever en 2028) est le titulaire dont l’éligibilité future est en jeu. C64, ou Coalition Article 64 (alliance d’opposition formée en 2026 autour d’un article constitutionnel relatif à la résistance à un pouvoir inconstitutionnel), a organisé la manifestation. L’Assemblée nationale (chambre basse du Parlement de la RDC) examine le projet de loi contesté. Martin Fayulu (dirigeant de l’opposition et deuxième de l’élection présidentielle de 2018) figurait parmi les personnes montrées blessées. Le M23 (mouvement rebelle actif dans l’est de la RDC et largement décrit par l’ONU et des gouvernements occidentaux comme soutenu par le Rwanda) reste une crise sécuritaire distincte mais déstabilisatrice. Joseph Kabila (président de la RDC de 2001 à 2019) est le précédent qui hante la politique des limites de mandat.

Background

La Constitution congolaise adoptée après la transition de l’ère de guerre a instauré une limite de deux mandats présidentiels ; le texte de l’article 70 publié par Constitute fixe un mandat de cinq ans renouvelable une fois, tandis que l’article 220 protège le nombre et la durée des mandats présidentiels contre toute révision. Le précédent est la sortie retardée de Joseph Kabila : l’analyse de Brookings en 2016 indiquait que les critiques voyaient dans le report des élections un moyen de prolonger son pouvoir après son dernier mandat. Les manifestations de 2015 et 2016 contre les retards électoraux et les limites de mandat ont fait des morts, et l’élection de 2018 a finalement produit la première transition pacifique du pouvoir présidentiel dans le pays lorsque Tshisekedi est entré en fonction en janvier 2019.

OIS Intelligence

Opposing perspectives

  1. Coalition d’opposition C64

    C64 présente le projet de loi comme une tentative de franchir la barrière protégée de l’article 220 sur la limitation des mandats et de maintenir Félix Tshisekedi politiquement disponible au-delà de 2028. Son argument le plus solide est constitutionnel : dès lors qu’une exception est créée pour un dysfonctionnement institutionnel, la règle des deux mandats devient vulnérable à l’interprétation de l’exécutif et à la pression référendaire.

  2. Partisans de Tshisekedi et militants progouvernementaux

    La lecture progouvernementale est qu’une réforme constitutionnelle peut être légitime si les électeurs l’approuvent et si les institutions sont paralysées. Dans cette perspective, un référendum exprimerait la souveraineté populaire plutôt qu’une manœuvre de palais, et l’opposition utiliserait la question de la limitation des mandats pour affaiblir un président élu sous la pression de la guerre.

  3. Analystes favorables à la retenue constitutionnelle

    La lecture fondée sur la retenue juridique commence par le texte de l’article 220 : certaines dispositions constitutionnelles sont délibérément placées hors du champ de la révision ordinaire. Cette approche ne nécessite pas de juger les intentions de Tshisekedi ; elle soutient que modifier les règles d’amendement autour des mandats présidentiels nuirait à la crédibilité de toutes les garanties électorales futures.