Image illustrating: Chinguetti old town (editorial)
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International

La Mauritanie courtise les touristes du désert alors que l’insécurité au Sahel pèse sur l’Adrar

La Mauritanie tente de reconstruire le tourisme désertique autour d’Atar, de Chinguetti et de la région de l’Adrar après des années durant lesquelles les attaques armées et les enlèvements ont éloigné de nombreux visiteurs européens. L’enjeu principal n’est pas une réouverture massive et soudaine, mais une tentative prudente de transformer le succès relatif de la Mauritanie en matière de sécurité en emplois pour les guides, les chauffeurs, les maisons d’hôtes et les villes patrimoniales. Le pays a évité des attaques majeures sur son sol depuis 2011, selon une analyse de l’Africa Center for Strategic Studies, après des réformes militaires, des contrôles aux frontières et un engagement communautaire. Pourtant, les conseils aux voyageurs européens considèrent encore certaines parties de la Mauritanie comme risquées : le Foreign, Commonwealth and Development Office britannique déconseille les voyages dans les zones orientales, la zone frontalière avec le Mali ainsi que certaines parties de l’Adrar et du Tagant. Pour les lecteurs de Belgium Pulse, la pertinence est à la fois pratique et stratégique : la Mauritanie est à la fois une destination de voyage de niche et un partenaire de l’UE en matière de sécurité au Sahel, de gestion migratoire et de stabilité régionale.

Belgium Impulse Editorial·14 June 2026·3 min read·6 sources
Key signal

Pour les voyageurs belges, les familles qui prévoient des vacances d’aventure et les voyagistes qui vendent des séjours sahariens, cette histoire rappelle que le marketing d’une destination et le risque consulaire n’évoluent pas toujours de concert. Les assureurs et employeurs belges prennent généralement au sérieux les conseils officiels aux voyageurs lorsqu’ils évaluent la couverture, le devoir de vigilance et le risque d’évacuation. Pour les lecteurs belges qui suivent les politiques européennes, la Mauritanie compte aussi parce que la Commission européenne et l’Espagne l’ont présentée en 2024 comme un partenaire en matière de migration, de sécurité des frontières et de stabilité au Sahel.

La Mauritanie (État d’Afrique du Nord-Ouest situé entre le Maroc, l’Algérie, le Mali, le Sénégal et l’Atlantique) est un pays du Sahel et du Sahara dont la stabilité compte pour la politique européenne de migration et de sécurité. L’Adrar (région du centre-nord de la Mauritanie, avec Atar comme principale ville) est le pôle du tourisme désertique. Atar (capitale régionale de l’Adrar, desservie par un aéroport) est la porte d’entrée habituelle des voyageurs qui se rendent dans le désert. Chinguetti (ville-oasis historique de l’Adrar, partie d’un bien inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1996) est connue pour ses bibliothèques de manuscrits et son architecture saharienne. Ouadane, Tichitt et Oualata (les autres anciens ksour cités par l’UNESCO) font partie de la même inscription patrimoniale. Al-Qaeda in the Islamic Maghreb, ou AQIM (réseau militant nord-africain et sahélien lié à al-Qaeda, formé en 2007), était à l’origine de menaces régionales antérieures. Mohamed Ould Ghazouani (président de la Mauritanie depuis 2019 et ancien chef de l’armée) dirige aujourd’hui l’État qui promeut la sécurité et la reprise économique.

Background

Une analyse de l’Africa Center for Strategic Studies indique que la Mauritanie a été touchée par la violence jihadiste à partir de 2005, notamment avec l’attaque de la base militaire de Lemgheity et, plus tard, les enlèvements d’Occidentaux. Le meurtre de touristes français près d’Aleg en 2007 a contribué à déclencher l’annulation du Rallye Dakar 2008 en Afrique, tandis que des enlèvements ultérieurs ont aggravé l’effondrement du tourisme désertique européen. La même recherche soutient que la Mauritanie a évité des attaques majeures depuis 2011 grâce à la réforme militaire, à la mobilité, au renseignement et à l’engagement communautaire. L’inscription des anciens ksour par l’UNESCO depuis 1996 donne à la relance touristique une dimension patrimoniale qui va au-delà du voyage balnéaire ou de séjour en complexe touristique.

OIS Intelligence

Opposing perspectives

  1. Opérateurs touristiques mauritaniens et communautés de l’Adrar

    Les acteurs locaux du tourisme présenteraient la relance comme une reprise économique attendue depuis longtemps : si la Mauritanie a évité des attaques majeures depuis 2011, selon l’analyse de l’Africa Center, alors les guides, les chauffeurs, les maisons d’hôtes et les villes patrimoniales ne devraient pas rester figés par la réputation construite durant la crise sécuritaire des années 2000.

  2. Milieux consulaires européens et acteurs du risque assurantiel

    La lecture du risque lié aux voyages est plus prudente. Les conseils du Foreign, Commonwealth and Development Office britannique signalent encore plusieurs zones frontalières et intérieures comme dangereuses pour les voyages ordinaires, de sorte que les assureurs, les employeurs et les voyageurs prudents peuvent considérer la relance de l’Adrar comme limitée plutôt que comme un feu vert général.

  3. Chercheurs sur la sécurité au Sahel

    L’analyse de l’Africa Center présente le bilan de la Mauritanie comme une véritable réussite sécuritaire, mais pas comme une garantie permanente. Son argument est que la réforme, la présence aux frontières et l’engagement communautaire ont réduit les attaques, tandis que la faiblesse de la coopération régionale et l’instabilité au Mali peuvent encore rendre les acquis fragiles.