Image illustrating: MSF field clinic in Chad (editorial)
Foreign, Commonwealth & Development Office / Wikimedia Commons — CC BY 2.0
International

MSF licencie 18 membres du personnel après une enquête sur l’exploitation au Tchad

Le rapport interne de MSF indique que son enquête sur les opérations menées dans l’est du Tchad a relevé 59 allégations de mauvaise conduite, notamment d’exploitation et d’abus sexuels visant des réfugiés soudanais, des résidents tchadiens et des membres du personnel ou des contractants de MSF. MSF a déclaré dans sa réponse que 18 membres du personnel avaient été licenciés ou exclus de tout emploi futur, tandis que certaines allégations n’ont pas pu être vérifiées ou reliées à des auteurs nommément identifiés. L’affaire dépasse une seule organisation, car MSF est un acteur médical majeur dans les contextes de déplacement et dispose d’une section belge qui recrute du personnel et collecte des dons. La fiche d’information de la Commission européenne sur le Tchad indique que l’UE a alloué 72,04 millions d’euros d’aide humanitaire au Tchad en 2026, notamment pour soutenir les réfugiés soudanais et les personnes de retour, ce qui fait de la protection contre les abus un enjeu de financement et de confiance publique pour les contribuables de l’UE, ainsi que pour les travailleurs humanitaires et les communautés touchées.

Belgium Impulse Editorial·13 June 2026·3 min read·8 sources
Key signal

Pour les donateurs belges, les travailleurs humanitaires, les volontaires médicaux, les ONG, les responsables publics et les contribuables de l’UE, l’affaire met à l’épreuve la capacité des organisations humanitaires à contrôler les déséquilibres de pouvoir lorsque des personnes dépendent de l’aide alimentaire, de l’eau, des soins de santé et de l’emploi. MSF dispose d’un bureau belge et d’une présence en matière de collecte de fonds, tandis que la fiche d’information de la Commission européenne sur le Tchad indique que l’argent humanitaire de l’UE soutient les réfugiés et les personnes de retour au Tchad. Les victimes directes se trouvent au Tchad, mais les manquements à la redevabilité peuvent affecter la confiance envers les organisations que les résidents belges financent, rejoignent et auxquelles ils se fient lors de crises mondiales.

MSF (Médecins Sans Frontières, l’ONG médicale humanitaire fondée en 1971 et connue en Belgique sous le nom Artsen Zonder Grenzen/Médecins Sans Frontières) mène des programmes médicaux d’urgence dans les zones de conflit et de catastrophe. Le Tchad (État enclavé d’Afrique centrale frontalier du Soudan) accueille un grand nombre de personnes fuyant la guerre au Soudan. L’est du Tchad (la région frontalière autour d’Adré et d’autres sites d’accueil) est l’endroit où de nombreux réfugiés soudanais sont entrés depuis 2023. Les réfugiés soudanais (personnes déplacées par la guerre au Soudan commencée en avril 2023) dépendent fortement de l’aide dans les pays voisins. La direction générale de la Commission européenne pour la protection civile et les opérations d’aide humanitaire européennes, connue sous le nom de DG ECHO (le service d’aide humanitaire de l’UE), finance l’assistance d’urgence hors de l’UE. Le HCR (l’agence des Nations unies pour les réfugiés) suit les déplacements liés au Soudan et coordonne les données sur la protection des réfugiés. Humanitarian Accountability Partnership International (initiative de redevabilité basée à Genève, ensuite intégrée dans des normes sectorielles) a étudié pourquoi les survivants d’abus ne portent souvent pas plainte.

Background

L’étude de 2008 de Humanitarian Accountability Partnership International soutenait que la faiblesse des systèmes de plainte et les rapports de pouvoir inégaux entre les fournisseurs d’aide et les personnes touchées contribuent à expliquer la sous-déclaration de l’exploitation et des abus sexuels. Le secteur a été confronté à des scandales répétés : les allégations de 2002 dans des camps de réfugiés en Afrique de l’Ouest, impliquant des travailleurs humanitaires et des soldats de la paix, ont conduit à de nouvelles garanties de l’ONU et des ONG, tandis que les révélations de 2018 concernant Oxfam en Haïti et des cas de mauvaise conduite chez MSF ont élargi l’examen des donateurs. Les informations publiées par AP en 2024 sur des femmes soudanaises au Tchad ont été suivies d’une déclaration de l’ONU au Tchad indiquant que les allégations justifiaient une action urgente et une coopération avec les autorités.

OIS Intelligence

Opposing perspectives

  1. Direction de MSF

    La direction de MSF présenterait l’affaire comme un grave échec interne ayant nécessité des licenciements, des contrôles de recrutement renforcés et de meilleurs canaux de signalement. MSF a déclaré dans sa réponse que l’enquête visait à affronter les abus de manière proactive, tout en reconnaissant qu’un changement durable exige encore un travail supplémentaire.

  2. Défenseurs de la protection des réfugiés

    Les défenseurs de la protection feraient valoir que le rapport montre que la protection contre les abus ne peut pas reposer uniquement sur des affiches, des boîtes à plaintes ou des formations lorsque les réfugiés dépendent de l’aide pour survivre. L’étude de 2008 de Humanitarian Accountability Partnership International soutenait que les survivants font souvent face à des obstacles structurels au dépôt de plainte parce que les fournisseurs d’aide détiennent beaucoup plus de pouvoir.

  3. Donateurs humanitaires de l’UE

    Les donateurs humanitaires de l’UE verraient cette affaire comme un test de redevabilité pour les opérations financées au Tchad. La fiche d’information de la Commission européenne sur le Tchad indique que l’aide de l’UE soutient l’alimentation, la santé, la protection et l’hébergement, de sorte que la confiance des donateurs dépend de la capacité des partenaires à prouver que les systèmes de protection contre les abus fonctionnent sur le terrain, et pas seulement dans les politiques des sièges.