Image illustrating: Brussels police presence near Clemenceau metro or Brussels-Midi in a public-secu (editorial)
Trougnouf (Benoit Brummer) / Wikimedia Commons — CC BY 4.0
Brussels
Politique bruxelloise

Un commissaire régional antidrogue rendra-t-il Bruxelles plus sûre ?

Bruxelles avance avec un commissaire régional antidrogue, un nouveau poste destiné à coordonner la prévention, la politique locale de sécurité et la réponse institutionnelle fragmentée aux violences liées à la drogue. La fonction est politiquement importante parce qu’elle arrive dans les premiers mois de la législature régionale 2024-2029, après que Bruxelles a passé plus de 600 jours sans gouvernement de plein exercice et après une escalade visible des fusillades autour d’Anderlecht, de Clemenceau, du Peterbos et du quartier du Midi. Le rôle ne remplacera pas la police fédérale, les procureurs ni la commissaire nationale aux drogues, Ine Van Wymersch. Son test sera pratique : savoir s’il peut faire travailler les services régionaux de prévention, les 19 communes, les six zones de police, les transports publics, le logement et les acteurs de la santé à partir d’une même vision opérationnelle.

Belgium Impulse Editorial·28 June 2026·3 min read·5 sources
Key signal

Pour les habitants et les navetteurs, l’enjeu immédiat est de savoir si la mesure change la sécurité quotidienne dans les lieux où les fusillades, le deal à ciel ouvert, l’intimidation et la consommation de drogue sont devenus des préoccupations récurrentes. Pour le monde politique, c’est un premier test de la capacité du gouvernement Dilliès à produire des résultats visibles en matière d’ordre public après le long blocage postélectoral. Pour les services de terrain, la version utile du poste serait un point de contact unique capable de relier renseignement, financement de la prévention, actions communales, réponses sanitaires et suivi avec les autorités fédérales. La version faible serait une mesure symbolique de commissaire régional qui produit des réunions mais peu de changement dans les zones sensibles.

Le véritable sujet n’est pas simplement la création d’un titre bruxellois supplémentaire. C’est la tentative de la Région de résoudre un problème de coordination dans une ville où les marchés de la drogue franchissent les frontières communales, les compétences fédérales de justice et les compétences régionales telles que la prévention, la politique urbaine, les transports publics, l’aide sociale et la planification locale de la sécurité. Le ministre-président bruxellois Boris Dilliès, dont le portefeuille comprend la sécurité régionale et la prévention, est l’acteur régional central. Au niveau fédéral, le gouvernement du Premier ministre Bart De Wever contrôle la justice, la police fédérale, les douanes et les prisons, tandis que le parquet de Bruxelles, dirigé par le procureur du Roi Julien Moinil, traite les poursuites pénales. La commissaire nationale aux drogues, Ine Van Wymersch, dispose déjà d’un rôle de coordination à l’échelle du pays. Le commissaire bruxellois devra donc apporter de la cohérence opérationnelle plutôt qu’une couche institutionnelle supplémentaire.

Background

Bruxelles dispose depuis longtemps d’une architecture de sécurité complexe : 19 communes, plusieurs bourgmestres dotés de pouvoirs d’ordre public, six zones de police locale, un gouvernement régional compétent en matière de prévention, et des institutions fédérales responsables de la justice, de la police judiciaire, des douanes et des prisons. Cette fragmentation a été gérable pour la politique urbaine ordinaire, mais elle a montré ses limites face aux marchés criminels transfrontaliers. La Belgique a créé une commissaire nationale aux drogues après que la violence liée à la drogue et le trafic de cocaïne sont devenus une priorité fédérale, en particulier autour du port d’Anvers. Bruxelles adapte désormais cette logique de coordination à la région capitale, où le deal de rue, la gestion de l’espace public et la politique sociale sont indissociables de l’action pénale.

OIS Intelligence

Impact

Regional — L’impact concerne directement l’ensemble de Bruxelles, mais il sera ressenti de manière inégale. Anderlecht, Saint-Gilles, le quartier du Midi, le Peterbos, Clemenceau et d’autres zones identifiées par les autorités et les reportages locaux comme des points chauds de la drogue devraient être les premières concernées par une action coordonnée. Le commissaire pourrait aussi compter pour la sécurité de la STIB/MIVB, les écoles situées près de points de deal, les sociétés de logement social et les travailleurs locaux de prévention.

Opposing perspectives

  1. Cadre de coordination de la majorité régionale bruxelloise

    La majorité régionale bruxelloise autour du ministre-président Boris Dilliès peut présenter le commissaire comme une réponse pratique à la fragmentation : une personne chargée d’aligner prévention, travail communal, sécurité dans les transports publics, politique sociale et contact avec les autorités fédérales. Dans cette lecture, le problème n’est pas seulement le manque de répression, mais l’absence de commandement partagé, de suivi et de données communes entre les institutions bruxelloises.

  2. Cadre fédéral de justice et d’action policière

    Les acteurs fédéraux, y compris le portefeuille de la ministre de la Justice Annelies Verlinden et le parquet de Bruxelles dirigé par Julien Moinil, mettent l’accent sur la capacité policière, les poursuites, le trafic d’armes, l’exécution des peines de prison et les outils d’enquête fédéraux. Dans ce cadre, un commissaire régional n’est utile que s’il soutient l’action pénale et ne brouille pas la responsabilité des compétences détenues par l’État fédéral.

  3. Cadre des bourgmestres communaux et de la gestion des points chauds

    Les bourgmestres bruxellois, dont le bourgmestre de la Ville de Bruxelles Philippe Close et le bourgmestre d’Anderlecht Fabrice Cumps, font face à une pression directe en matière d’ordre public dans certains quartiers. Leur préoccupation probable est opérationnelle : savoir si le nouveau rôle les aide à agir au-delà des frontières communales sans affaiblir les pouvoirs de police des bourgmestres, et s’il apporte des ressources aux zones sensibles plutôt qu’un comité de pilotage régional supplémentaire.

  4. Cadre de la santé publique et des services de prévention

    Les services de réduction des risques et les services sociaux tels que Transit ASBL, ainsi que les travailleurs locaux de prévention, tendent à souligner que la seule répression ne peut pas stabiliser les scènes de drogue. Leur cadre d’analyse est que le deal à ciel ouvert, la consommation de crack, le sans-abrisme, la sécurité scolaire et la pression sur la santé mentale exigent des capacités de traitement, des parcours vers le logement et un travail de proximité, en parallèle de l’action policière contre les réseaux violents.

Sources & evidence